« A propos du Silence... », par Catherine Zarcate
A propos de l’importance du silence... Réponse amicale à Didier Kowarsky qui me disait un jour que « le conteur parle pour enfin se taire »...

Pour moi, le silence n’est pas le but du conteur mais son fondement. Le conteur ne parle pas « dans le but d’enfin se taire » comme le disait Didier.
Je ne ressens pas le silence comme mon idéal, le bout de mon chemin. Mais le silence fonde mon travail comme le lit de pierre porte une rivière et son courant, comme la page blanche permet la lecture des lettres ; comme l’écran permet le film.
Le silence, pour moi, est donc le fond, toujours présent. Il a lieu en même temps que la parole. Il est son lieu même. Le Silence est là dans chaque mot, chaque respiration, chaque regard, chaque geste. Il est omniprésent.
Il commence avant la prise de parole, continue pendant la parole, apparait dans les « petits silences » entre les mots, et revient ensuite, à la toute fin, dans la vibration qu’on ressent après les derniers mots, lors des grandes soirées réussies, quand le public hésite à applaudir.
Ce silence final, si quelqu’un interrompt sa subtile résonnance, sans sentir que le temps est encore suspendu, que le souffle est encore à planer, cela m’est très douloureux. C’est comme si on anéantissait la part la plus subtile de mon travail, la plus précieuse, ce que je Sers et qui est ma Joie...
Cela arrive « bêtement », d’ailleurs ! par inattention, à cause de la rapidité de notre monde. Cela advient quand on doit « enchaîner » une suite de soirée très rapidement, par exemple. Ou bien fermer la salle, ou bien rappeler qu’un pot est prévu après. Peu importe... Ces quelques secondes, que les Indiens nomment « divines », sont un temps irremplaçable. J’en connais la valeur d’intégration pour le public. Je sais que nous en avons besoin. Ce sont des secondes très profondes. Très.
Si c’est de cela que Didier parlait, alors nous sommes d’accord...

Catherine Zarcate,
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