« La Source et la Jardinière », de Catherine Zarcate |
|
Ecrit poétique après une promenade « Merveilleuse »... |
|
J’ai rencontré une source à côté de Sens, qui vaut le voyage. Un grand lieu. J’y suis déjà allée deux fois. Cela fait une belle promenade.
On a continué notre route jusqu’à la source, où on est restée longtemps, recevant son ample générosité. Ensuite, on a marché dans la campagne, tout un tour, et pour finir, j’ai voulu qu’on retourne à pied voir ce cèdre que l’oiseau nous avait indiqué… Le jardin n’avait pas de clôture, alors on est rentrées saluer le cèdre. Plus loin, le jardin semblait beau… Il y avait bien une maison au fond, mais elle était comme cachée par les herbes, et on ne l’a pas vue tout de suite. On s’est avancées, fascinées par les parterres et on est allée de merveille en merveille, oubliant qu’on entrait chez quelqu’un. C’était un jardin d’une incroyable harmonie. On en a fait le tour, dans un sens, puis dans l’autre. Derrière une pergola, on a aperçu la maison, mais on était trop avancées pour reculer ! On a profité de tous les recoins que créaient les grandes herbes et les massifs. Il y avait des petits passages, qui donnaient sur des havres secrets, c’était un jardin qui portait à toujours explorer et découvrir, un jardin de mystères et de découvertes. A chaque pas, on voyait ce qu’on n’avait pas encore vu, on découvrait une nouvelle perspective. On allait partir, quand soudain, une femme est sortie de la maison ! On croyait qu’il n’y avait personne ! On s’est excusées de l’intrusion, on a dit qu’on était entrées à cause de la beauté du jardin, et qu’on s’était laissées fasciner à entrer toujours plus avant !… La femme avait un fichu de laine sur les épaules, un pauvre habit, des cheveux jaunes comme des herbes, et des dents abîmées. J’ai vu alors combien la maison était abîmée. Trois quarts en ruine…Elle avait un beau sourire qui ne cherchait pas à excuser ses dents. Ses yeux bleus étaient très clairs. On a dit combien on étaient touchées par la beauté du jardin… Ses passages secrets, ses perspectives imprévues, ses couleurs si bien posées... Elle disait : « oui, c’est ainsi que je l’ai fait : fermer pour ouvrir ; fermer pour ouvrir… Des espaces qui se ferment et donnent sur des ouvertures… Des petits havres qui se créent ainsi…Oui, toujours fermer avant d’ouvrir". C’était toute une philosophie qu’elle vivait et montrait dans son jardin, et dans sa vie, puisqu’elle n’avait pas de clôture, et que la maison elle-même était invisible, et n’apparaissait qu’à un certain angle. Elle a parlé des couleurs. Et surtout du bleu de la sauge qui faisait de beaux parterres d’hiver. Car on pense toujours aux parterres d’été…. Ce fut une très belle rencontre. Elle portait une belle lumière dans le yeux. Elle était émue qu’on comprenne son jardin. On s’est quitté en s’embrassant, dans la confiance, toutes les trois. Elle nous a dit qu’elle ne nous raccompagnait pas à la porte, puisqu’il n’y en avait pas !… On s’est senties comme deux petites filles entrant dans le Merveilleux… Et pour moi, cette femme vivait l’esprit de la source : « fermer pour s’ouvrir »... Elle habitait à deux kilomètres… Si vous vous promenez, un jour, aux alentours de Sens et que vous trouvez cette source, cherchez donc un peu autour, un certain cèdre bleu très majestueux, et allez saluer la Jardinière, de la part des vieilles petites filles qui ont osé entrer dans son jardin… Pour réagir à cet article : info@catherine-zarcate.com |
|