Formation : La Formation à l’Art du Conteur en contact avec la Nature, par C. Zarcate
Contribution au colloque du CMLO sur la formation (2007).

LA FORMATION A L’ART DU CONTEUR EN CONTACT AVEC LA NATURE.

_ Contribution au colloque du CMLO sur la formation (2007)

Au cours des dernières années, la relation à la nature est venue aider mon travail de formatrice dans la pratique de l’art du conte.
Cela a commencé timidement, et s’est augmenté régulièrement. Au cours des étés 03 à 06 un travail a été fait, d’abord empirique, puis de plus en plus précis, en lien avec les éléments de la nature.
Après un de ces étés, un stagiaire, sentant ma relation spécifique à la nature, m’a demandé, avec des mots bouleversants, de lui transmettre ceci, car il voulait servir le Merveilleux des contes.
Ayant à cœur de répondre à sa demande, j’ai souhaité que cette transmission soit réelle et profonde. J’ai travaillé pour cela, et ai finalement abouti, sans l’avoir cherché à créer une nouvelle manière de transmettre.

Mon but a été de proposer au futur conteur d’ancrer sa parole dans sa relation intime à la nature, (qu’elle soit forte ou débutante).
Pour ce faire, j’ai utilisé cette méthode : approcher la nature avec beaucoup de respect et de sensibilité, par le biais des éléments (feu, terre, eau, air) ; pour chaque élément, choisir un lieu et un conte très adapté, en rapport symbolique profond avec le lieu ; aller sur lieu avec le stagiaire ; s’installer ; dire le conte quand on est près ; en parler ensuite, sur place, jusqu’à ce qu’on sente en commun que « le travail était fait ». Quitter le lieu avec respect.

Pour chaque élément, j’ai travaillé en amont plusieurs mois, pour trouver les contes et les lieux qui convenaient le mieux. Ce fut un grand travail, lent, long, profond, passionnant et parfois très difficile qui m’a permis de beaucoup approfondir mes propres connaissances….

Ainsi cette approche m’a ouvert à la fois à une nouvelle compréhension des contes, en dehors/ en plus des repères psychologiques, et à un univers inconnu, immense et riche que je souhaite développer.

En tant que conteuse, j’ai pu vérifier par moi-même combien un conte nouveau s’inscrit de manière incroyablement vivante quand il est dit dans un tel contexte ; combien la nature s’inscrit aussi dans le conte, et le rend vivant, enfin, combien les symboles devenus si vivants, donnent à chacun un éclairage nouveau sur sa propre vie.

Cet été, pour la première fois, j’ai pu proposer ce travail à plusieurs, en le reprenant en stage. Nous avons alors découvert tous ensemble combien l’union intime du conte et du lieu doit être précise. Quand c’est réussi, c’est vraiment magique et cela crée une ouverture étonnante, imprévue, très belle… ! Les symboles de la parole et du lieu s’unissent, se fondent ensemble, pour la personne. Alors que quand le lien est plus distendu ou anecdotique, l’effet est moindre…
C’est vraiment un travail qui rend heureux, très simple, mais profond et intime. Il est imprévisible pour chacun…

Un point important de ce travail, parfois point de départ ou résultat, selon les personnes, est de faire quitter la relation à la nature en tant que « paysage ». Quelque chose de vivant s’établit, de manière durable… C’est pourquoi j’ai intitulé ces stages « la nature Humaine »…
Je me propose, dans les années qui viennent, d’approfondir tout ceci, de le développer, tant en stage qu’en petits groupes et de continuer mes recherches sur les liens entre contes et lieux : pourquoi tel conte ne convient-il pas ? Quels symboles éveillent, par exemple, la résonance d’une cascade ? Pourquoi le fait qu’il y ait une cascade dans l’histoire ne suffit-il pas ? etc….
Pour certaines personnes, pendant cet été, a été vécu – comme me l’a dit l’une d’entre elles- la rencontre avec le Merveilleux, celui des contes, comme celui de la vie.
C’était le rêve de départ…

Mais je crois que cette manière de faire peut servir tous les récits, dans la mesure où cela nourrit profondément le conteur.
Je ne cherche pas à développer une parole traditionnelle. Je cherche comment la tradition elle-même peut servir notre contemporanéité.
Il me semble que si un conteur appuie aussi intimement sa parole quelle qu’elle soit, il va développer sa présence ; le sentiment que sa parole est « vraie » pour lui va venir de loin.
De plus, j’ai observé pour ma part qu’en me fondant ainsi, ma parole est plus légère… Je crois bien qu’en évitant d’éveiller les poids du passé, cette manière de se relier à la nature nous met dans notre joie, notre lumière et pourrait nous éviter bien des décharges… C’est à explorer !….

Ma démarche actuelle est donc de progresser, d’explorer, de continuer d’approfondir cette approche… Catherine ZARCATE Paris le 19 oct. 07

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